Ancien enseignant de la Coopération en Afrique, Jean-Paul FERRET a jeté l'ancre à Saint-Nazaire. Et, dans ce port au passé riche et tragique, ce linguiste passionné propose d'écrire, en tenant pour eux le stylo, l'histoire souvent exceptionnelle des gens ordinaires. Et bien sûr de la publier en livre.
"Je suis de nulle part", plaisante, en glissant un regard en coin malicieux, Jean-Paul FERRET. Il aurait pu tout aussi bien dire "de partout", tant la carrière de ce baroudeur de la francophonie s'est déroulée sous le signe du nomadisme professionnel. Cet ethnologue de formation, qui a très vite bifurqué sur la linguistique, a passé sa vie à enseigner la langue de Molière aux professeurs de français de pays africains généralement non francophones, dans le cadre de la Coopération. Du Tchad à la Libye, de la Guinée Equatoriale à l'Angola, avec un petit détour par le Maroc.
Aujourd'hui qu'il a jeté l'ancre un peu par hasard à Saint-Nazaire, l'ancien fantassin de la langue française n'envisage pas de faire rimer retraité avec inactivité. De là son idée d'ouvrir une officine d'écrivain privé, ou de biographe privé si l'on préfère. Il déteste fortement l'expression "nègre pour inconnu" qu'on emploie pafois. Ce qu'il propose à ceux que cela intéresse, c'est d'écrire à leur place le récit de leur existence, de tenir pour eux le stylo. Et de conserver ainsi, par l'édition en tirage limité d'un livre, la mémoire de leur vie.
Beaucoup d'anonymes ont vécu des destins exceptionnels, ont traversé des épreuves incroyables, se sont trouvé au coeur d'événements historiques, dont le souvenir finit toujours par s'effacer s'il n'est pas couché sur le papier. Les nouvelles technologies numériques autorisent aujourd'hui une telle publication à coût réduit. Abordable par le plus grand nombre.
Ses futurs clients, Jean-Paul FERRET propose de les rencontrer chez eux, dans leur cadre habituel et dans leur environnement. Gratuitement, sans déclencher d'horodateur, tant l'accouchement du témoignage biographique est d'abord affaire d'écoute, de patience, d'attention. Jean-Paul FERRET n'a pas de plan de travail préétabli. S'adapter à la personnalité de son interlocuteur et aux circonstances est selon lui un gage de réussite. "Souvent, ce sont les enfants ou les petits-enfants qui offrent une telle biographie à un parent ou un grand-parent. Autant pour la transmission de la mémoire que pour briser leur solitude quand ils sont par exemple dans une maison de retraite".
Cette activité est trop nouvelle pour être codifiée ou réglementée. Une chance pour Jean-Paul FERRET car "ce qui m'intéresse dabord, c'est l'écriture, l'exercice de style. Et pas seulement de mettre à l'écrit ce qu'on a relevé à l'oral". Reste à s'entendre sur le prix de la prestation. Pas simple. Tout dépend du temps passé, des efforts consentis pour, de façon littéraire, "traduire l'odeur d'un port ou faire résonner le son d'une cloche". Mais, en tout état de case, "c'est beaucoup moins cher qu'on se l'imagine".